Technologies de l’information et de la communication et nouveaux médias

L’évolution massive des technologies au cours de la dernière décennie a créé de nouvelles opportunités pour la liberté d’expression et la liberté d’information. ARTICLE 19 répond aux nouveaux développements et milite pour protéger ces nouvelles opportunités contre la censure.

DEVELOPPEMENT TECHNOLOGIQUE

Au cours du vingtième siècle, les individus ont reçu des informations par le bouche-à-oreille et par le biais de lettres, la radio et la télévision ou les éditeurs de journaux et de livres.

Aujourd’hui, le développement des technologies et la disponibilité croissante d’Internet ont accéléré et brouillé la différence entre l’émetteur et le récepteur de l’information. Les flux d’information sont dorénavant étendus, diversifiés, réversibles et accessibles.

La capacité de tout un chacun à créer un site Internet et à publier des contenus écrits ou audiovisuels a provoqué des changements radicaux dans les médias. Les entreprises et les individus peuvent publier n’importe quel contenu, textes, images ou vidéos, grâce à la technologie numérique à haut débit et à large bande passante. Ils peuvent les diffuser directement sur des ordinateurs et des appareils mobiles dans le monde entier.

NOUVEAUX MEDIAS

Le développement technologique a provoqué à la fois l’expansion et la réduction des médias. La transmission numérique a créé des opportunités plus nombreuses et moins coûteuses pour les radiodiffuseurs, et un choix plus vaste pour les utilisateurs. Les organisations de médias diffusent aujourd’hui des informations par le biais d’une multitude de plateformes afin de répondre aux attentes de leurs publics.

Les médias ont été contraints de :

  • diversifier les méthodes de transmission des contenus,
  • diversifier leur vitesse de transmission,
  • tenir compte de l’information croissante créée par les individus en dehors des médias.

Certaines organisations de médias ont répondu à ces contraintes en acquérant des parts importantes du paysage médiatique. Ces fusions ou concentrations peuvent menacer la diversité et le pluralisme.

IMPLICATIONS

Aujourd’hui, l’information se répand instantanément à travers la planète. Des informations qui étaient difficilement accessibles dans le passé peuvent être aujourd’hui publiées.

  • Les agressions contre les manifestants Neda Agha-Soltan en Iran ou Ian Tomlinson au Royaume-Uni auraient pu être ignorées si elles n’avaient pas été diffusées sur les nouveaux médias.
  • Wikileaks a publié des dizaines de documents révélant des faits de corruption et des abus par les détenteurs du pouvoir, notamment les gouvernements.
  • Twitter a été utilisé pour révéler des « super injunctions » (ordres de bâillonnement) en Grande-Bretagne et pour inspirer des manifestations de masse en Tunisie.

En 2012, 665 millions de sites Internet ont fourni des informations et des commentaires sur un large éventail de sujets, en plusieurs langues et sous plusieurs formes. Les communautés en ligne telles que Wikipedia utilisent les connaissances de millions d’utilisateurs pour crééer des bases de données exhaustives. Des moteurs de recherche fournissent des outils pour rechercher rapidement et sans effort des informations.

Dans les pays en développement, les TIC et les nouveaux médias sont utilisés pour favoriser le développement. Ils donnent également aux populations les plus démunies un accès à l’information qui les aide à prendre de meilleures décisions pour mener à bien leur vie.

DEFIS DE LA LIBERTE D’EXPRESSION ET D’INFORMATION

Malgré les avantages considérables des TIC et des nouveaux médias, les défis restent très importants et se multiplient.

Selon les législations juridiques traditionnelles, un auteur ou un locuteur relève d’une juridiction géographique précise. Mais dans un monde numérique, la localisation des idées et des opinions ne va pas de soi. Par exemple, un Libanais habitant à Londres peut écrire un blog hébergé au Japon qui accuse le gouvernement saoudien de corruption.

Une autre législation traditionnelle stipule que les éditeurs sont responsables du contenu qu’ils publient. Mais qu’en est-il d’un éditeur en ligne ? Qui est responsable des contenus : le serveur qui les stocke (parmi des millions d’autres pages), le moteur de recherche qui les trouve ou le fournisseur d’accès (FAI) qui les distribue ?

Les gouvernements peuvent restreindre l’information en bloquant l’accès par différents moyens. Si les journaux peuvent être interdits par un juge, le blocage de sites internet semble dépendre davantage des caprices de certains fonctionnaires que d’un juge.

La numérisation de l’information a non seulement permis à des gouvernements de bloquer automatiquement des informations, mais aussi de contrôler ce que les personnes regardent, à un moment donné et rétrospectivement.

PROPRIETE INTELLECTUELLE

La protection de l’information numérique en qualité de « propriété intellectuelle » pose problème à l’ère du numérique. ARTICLE 19 examine le développement des droits de la propriété intellectuelle et leur répercussion sur la liberté d’expression.

La propriété intellectuelle est un secteur de la loi qui ne cesse de se développer sous l’influence des entreprises américaines. Il est en train de passer d’un modèle où l’on peut acheter un objet matériel (un livre) et le transmettre à un modèle où l’on détient une licence pour utiliser l’information (par exemple de la musique) uniquement pour soi-même et de certaines façons.

A la différence des copies papier comme des livres, l’information numérique peut être potentiellement copiée, modifiée et diffusée des millions de fois par seconde.

L’évolution des modèles de propriété intellectuelle a un impact sur la liberté d’expression et d’information. Par exemple, les musiciens qui rééchantillonnent des sons, une pratique très répandue depuis une dizaine d’années, peuvent être poursuivis en vertu du code de la propriété intellectuelle même s’ils ont créé cette musique dans l’intimité de leur chambre et qu’ils ont été cinq à l’écouter.

En réponse à ces attaques contre la création numérique, de nouveaux modèles de protection démocratiques ont été créés. Le système de licence libre de droits Creative Commons est utilisé par de nombreuses organisations – dont ARTICLE 19 – et sur certains sites importants comme Flickr, Wikimedia et YouTube.